Impossible de passer à côté du phénomène Alex Vizorek, ce belge à Paris. Il sévit tous les matins dans la matinale sur France Inter, le programme le plus écouté en France selon les derniers sondages d’audience de novembre 2019. Alex Vizorek est également un homme de scène. Nous l’avons reçu au Lab pour qu’il nous parle de son spectacle « Alex Vizorek est une œuvre d’art », dont les 3 ultimes dates auront lieu en janvier 2020 en Belgique.

Propos recueillis par Salma Haouach.

Salma Haouach : Alex, tu es une œuvre d’art, c’est très humble…

Alex Vizorek : Oui, quand c’est un belge qui le dit avec décalage, personne n’a jamais mal compris. « Je suis une œuvre d’art ! », dit comme ça, personne ne croit que tu le penses. Je voulais mettre « art » dans le titre car 80 % part de ça. C’est aussi le but du spectacle.

S.H : Ça parle vraiment d’art ou c’est un prétexte ?

A.V : Non, ce sont des prétextes de départ, mais de vrais prétextes. Dans la partie « art contemporain », il y a vraiment beaucoup d’œuvres qu’on voit et dont on apprend des choses et dont on rigole. Après, ça me permet de raconter 2 ou 3 conneries aussi, bien sûr que oui. C’est un spectacle d’humour, ce n’est pas une conférence.

S.H : Donc, tu fais une satire du monde qui t’entoure à travers l’art ?

A.V : Est-ce que je fais une satire du monde qui nous entoure ? Sans doute, mais plutôt avec un œil bienveillant. Ça veut dire qu’il y a des choses que je dénonce sans doute mais toujours un peu par l’absurde. Si les gens en ressortent en se disant : « Oui, parfois les cultureux nous prennent de haut et il n’y a aucune raison de le faire. » Je trouve ça pas mal si le message est celui-là. Maintenant, je le fais plutôt par la bande (cf. France Inter). Si on veut élever le débat, j’aime bien la méthode socratique qui consiste à ce que je préfère faire dire aux gens ce que j’ai envie d’entendre, mais je ne vais pas leur dire qu’il faut penser comme ça. « Regardez comme le monde n’est pas bien, je vais vous dire pourquoi. » Ce n’est pas trop mon genre. C’est prétentieux. Les gens viennent pour se marrer d’abord. Donc, si je les ai fait marrer, j’ai le droit de leur dire des trucs qu’ils prennent ou qu’ils ne prennent pas.

S.H : La méthode socratique, peux-tu expliquer ça pour le commun des mortels ?

A.V : Socrate essayait de faire dire aux gens leur propre philosophie. C’est-à-dire qu’il préférait faire accoucher les gens de la philo, du regard sur le monde, plutôt que d’arriver avec des certitudes qui étaient les siennes. Par exemple, quand quelqu’un est raciste, je pense que c’est bien d’utiliser la méthode socratique parce que lui dire : « Non, tu as tort ! », il va se braquer.

S.H : C’est un travail sur l’empathie ?

A.V : Je pense que Socrate ne serait pas contre ce mot.

S.H : C’est très intéressant ! Sur les réseaux sociaux, on n’apprend pas toujours des trucs très intelligents, je pense que là, on a appris quelque chose.

A.V : Les réseaux sociaux, comme tous les médias, que ce soit la presse ou une certaine presse, la télé ou une certaine télé, la radio ou une certaine radio, les réseaux sociaux ou certains réseaux sociaux, c’est la manière dont tu la consommes qui est intéressante. Moi, je pense que j’ai appris des trucs en regardant la télé. Je ne dirai jamais que la télé m’a abruti. En revanche, j’aurais pu, devant la même télé, m’abrutir comme on peut s’abrutir devant les réseaux sociaux. Mais, de temps en temps, voir un truc couillon qui n’a aucun intérêt parce qu’on en a envie, bien évidemment, fonçons !

S.H : Comment te sens-tu aujourd’hui ?

A.V : Bah, je fais ma promo tranquille. Ce n’est pas facile, ce spectacle que j’ai tant aimé, que je vais donner pour les trois dernières représentations à Bruxelles. Je vais m’en séparer dans une fête formidable parce que ce sont trois grandes salles belges magnifiques. Il y a un Olympia aussi qui arrive en décembre. Il y aura les lettres en rouge.

S.H : C’est la consécration ça ?

@Mehdi Manser-2017

A.V : L’Olympia, tu peux le louer si tu veux. Tu vois ce que je veux dire ? Ce n’est plus comme avant mais le fait qu’il va être rempli de gens qui auront acheté un billet, ça voudra dire qu’on avait raison de le faire. Non, la consécration, c’est la longévité. Moi, j’aimerais bien, encore dans 25 ans, venir te parler de mon 4ème ou 5ème spectacle. Donc, la longévité mais peut-être que je m’arrêterai occasionnellement. Là, par exemple, ça fait 10 ans que je n’ai pas vraiment arrêté et j’enchaîne. Celui-ci s’arrête, en avril le suivant reprend.

S.H : C’est ce que tu veux faire, du spectacle ? C’est ton truc plus que la radio ou le web ?

A.V : Oui, absolument. Et puis, le web, je suis passé un peu au travers. C’est-à-dire que maintenant, les radios sont filmées donc on récupère des gens par les réseaux. Mais, moi-même, quand j’ai vu arriver les youtubeurs, je n’ai pas senti que c’était mon média. Je n’ai même pas senti la force du média sans le dénigrer. Je n’ai jamais trouvé que ce n’était pas bien ce qu’ils faisaient. C’est autre chose. Et, franchement, ils le font très très bien. Par contre, avoir anticipé l’arrivée de ça, ou avoir plaisir à faire rire là-dessus, chapeau ! Moi, j’ai beaucoup de respect pour ça. Après, ils viennent sur scène comme Norman ou GuiHome et ils sont bons !

S.H : Aussi, j’ai lu un article dans « L’Echo » qui parlait de Netflix, comme quoi ça abrutissait. Je voulais savoir ce que toi, tu en pensais.

A.V : C’est exactement la même chose qu’avec les autres réseaux. Tu peux voir de la merde sur Netflix, il y en a plein. Moi, je le regarde beaucoup pour le stand-up et certains films. Il y a le Scorsese qui arrive, je suis assez excité. Il y a une série qui est sortie en France, « Family business », avec Darmon et Jonathan Cohen. J’ai trouvé ça bien. Tu peux regarder des trucs hyper intéressants et te cultiver. Après, l’algorithme est un peu bâtard. Si tu ne regardes que de la merde, on va te proposer que de la merde. Donc, je te le dis, cher ami, réabonne-toi et regarde des bonnes choses. Casse ton algorithme ! Notez-ça en grand au-dessus de votre ordinateur ! « Break your algorithm ! »

S.H : Ça t’a appris quoi la radio ?

A.V : Le travail quotidien. Être tous les jours créatif. Après, j’ai toujours été un élève pas très brillant mais j’allais à l’école donc, si tu veux, me lever le matin pour aller à l’université…

S.H : Pas très brillant… Il a fait 2 Masters en même temps…

A.V : Oui, mais 12/20 ! J’ai fait Solvay à l’ULB et journalisme à l’ULB aussi qui, à l’époque, était en quatre ans. Mais j’ai pu sauter des années parce que j’étais déjà diplômé de Solvay.

S.H : Et le stand-up, ça t’apporte quoi dans la vie ?

A.V : C’est vaste comme question ! C’est mon vecteur, c’est mon message si tu veux. Quand j’ai un truc à dire, j’aime bien pouvoir le dire sur scène ou à la radio ou même à la télé. Moi, ce que j’aime, c’est écrire. Ça peut être une connerie, je ne dis pas que des choses intéressantes à retenir. J’aime bien ma chronique du matin sur France Inter parce que, la veille, je réfléchis à un sujet, je l’envoie à mes co-auteurs et moi-même je réfléchis sur le sujet. Je prends des notes. Et puis, quand tout revient, entre mes idées et les leurs, je m’installe et j’essaye de remettre tout ça dans l’ordre et découvrir moi-même le fil de ma pensée. Qu’est-ce que je pense vraiment de ce sujet ? Parce que j’ai 3 minutes 30 – 4 minutes pour en parler. C’est super agréable à faire. Et puis, je me dis qu’il y a peut-être des gens qui vont être contents d’entendre formulée comme ils n’auraient peut-être pas voulu le formuler ou pas su le formuler, une idée qui serait la leur. J’espère ne pas tirer vers le bas. Je ne tire pas toujours vers le haut. Mais soit au moins je fais rire, soit j’ai appris un truc. Ou les deux, c’est l’idéal. C’est ce que je fais, je crois, dans le spectacle.

S.H : Un exemple ?

A.V : J’ai tout un sketch sur le cinéma d’auteur qui tourne autour de « Mort à Venise », un film que peu de jeunes, aujourd’hui, ont vu. Il est passé sur Arte il y a 2 ou 3 ans et j’ai reçu plein de messages de gens qui m’ont dit : « Avec tes conneries, on a regardé « Mort à Venise » sur Arte. » Donc, je me dis que j’ai bien réussi le coup. Je me moque du film gentiment en disant qu’effectivement c’est un peu long comme film, sachant que la fin est dans le titre. Mais regardez-le quand même ! C’est un super beau film.

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