Nous sommes en plein cœur de la semaine du commerce équitable où l’on nous propose de nous poser les bonnes questions sur le prix auquel nous payons nos produits. Le 1er octobre, le Conseil Supérieur de la Santé a publié ses « Food Based Dietary Guidelines », soit 12 conseils destinés aux adultes et classés par ordre de priorité, dont le but est de nous permettre de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Dire que nous sommes dans un mouvement de prise de conscience générale de notre mode de consommation alimentaire est un euphémisme. Mais qu’en est-il dans les faits ?

Avons-nous tous les moyens de consommer une alimentation saine et variée ? Notre pouvoir d’achat semble s’améliorer avec les années, mais lorsqu’on y regarde de près, certains postes se sont taillés la part du lion au détriment de… l’alimentaire. C’est le poste qui a le plus trinqué au cours des dernières décennies, pour atteindre 13,4 % de notre budget. À titre comparatif, nous consacrons en moyenne 14,9% de ce même budget aux télécommunications et au transports.

Au vu de ces différentes informations, nous pouvons dresser trois constats :

Le premier tend à indiquer qu’il existe une raison économique à la diminution du budget dédié à l’alimentaire. Le pouvoir d’achat n’étant pas extensible et d’autres postes étant perçus comme prioritaires, en plus de l’augmentation des « petits loyers » et de l’énergie, le seul poste sur lequel il existe encore une marge de manœuvre est l’alimentation. Celui que l’on nomme « le travailleur pauvre » est le plus fragile dans cette équation. Or, 23% des belges déclarent avoir du mal à faire face à leurs dépenses en matière d’alimentation.

Le second établit que l’alimentaire est devenu « un facteur d’utilité » : socialement et culturellement, prendre le temps de faire ses courses et de se préparer à manger n’est plus positionnant. Rentabilité et rapidité priment. D’où un basculement de notre consommation vers des produits transformés et/ou préparés, comme les soupes en boite ou les fruits et légumes prédécoupés. « Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es », en somme. De plus, l’alimentation entrant en résonnance avec la notion de statut social, elle devient, dès lors, un marqueur d’inégalités sociales.

Le dernier sous-tend que, en plus des différences de prix, les codes marketing de la nourriture saine s’adressent à une classe sociale plus aisée. En utilisant des terminologies déclenchant l’idée d’une conscience, d’un rôle à jouer dans la société, en utilisant également des codes marketing épurés, que ce soit dans la communication ou le packaging, on exclut de facto les catégories sociales les moins favorisées qui ne s’y reconnaissent pas. Sachant qu’il existe une corrélation directe entre le niveau d’études et la quantité de légumes consommés, la boucle est bouclée.

De plus, le budget moyen que la Belge alloue à l’alimentaire est de 119 euros. Or, les recommandations minimums avoisinent les 170 euros, soit 30 % de moins. Pis, 12% ne dépensent pas plus de 50 euros par semaine et 33% entre 50 et 100 euros, soit plus de la moitié de la recommandation santé.

Cependant, il n’y a rien de surprenant à cela, puisque cette tendance suit à la lettre la loi d’Engel : plus les revenus d’une population donnée augmente, plus la part dédiée à l’alimentaire diminue. À titre d’exemple, le consommateur américain moyen consacre 6,6% de son salaire à se nourrir, alors qu’au Pakistan, le chiffre monte à … 47,7%. Or, il y’a encore 100 ans, en Belgique, un ouvrier consacrait, au minimum, 80% de son salaire à se nourrir.
Très représentative des pays développés, cette loi nous donne une indication très précise de ce vers quoi nous pourrions tendre.

Cependant, plusieurs pistes de réflexion s’offrent à nous, afin d’améliorer notre relation à l’alimentation :

– L’importance de dédier un budget et un programme spécifique, doté de bons indicateurs pour renforcer la pédagogie alimentaire avec des objectifs précis de santé publique et également de réduction des dépenses en matière de soins de santé. Il ne s’agit donc pas de philanthropie, mais bien d’objectif économiques et sociétaux.
– Des pistes comme des chèques fruits et légumes ont été évoquées et peuvent, avec un accompagnement spécifique, initier les populations les plus précaires.
– Le traditionnel chèque repas a également un rôle à jouer. Il prend en charge 1/3 des besoins en alimentaire.
– Un virage des codes marketing liés à la « Junk Food » et à la nourriture dite « statement », celle qui nous définit socialement, au profit d’alimentation plus saine.
– Une réflexion sur la fixation des prix de la Junk Food par rapport à une alimentation plus saine afin de diriger davantage le flux budgétaire.
– Une taxe Junk Food doublée d’une subvention des produits sains pendant une période intermédiaire pourrait également être une solution.

Si vous voulez en savoir plus à propos de notre enquête, nous vous laissons, ici, notre dossier en PDF !

👉 bien manger – pouvoir d’achat

Salma Haouach

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