Il y a encore un mois, Adeline Dieudonné était une Bruxelloise tout ce qu’il y a de plus normal. Mais ça c’était avant : avant la sortie de La Vraie Vieson premier roman, avant de recevoir le prix Fnac, le prix Plume, le prix Filigranes, avant d’être en lice pour le Goncourt, le Goncourt des lycéens, le Renaudot, le Renaudot des lycéens… Et oui, tout cela en à peine un mois et c’est à peine croyable.

Rencontre avec celle avec qui nous prouve que la volonté est mère de tous les possibles :

Votre livre a tout d’un conte, tout comme ce qui vous arrive actuellement. Comment l’incroyable histoire de La Vraie Vie a-t-elle débuté ?

C’est grâce à Stéphane, mon attachée de presse. Elle se trouve être la maman de la meilleure amie de ma fille. On s’est rencontrées comme ça et au détour d’une conversation, elle m’a appris qu’elle est attachée de presse littéraire. Je lui ai donné une de mes nouvelles à lire en lui disant : « tiens je sais que tu es un peu dans le milieu, dis-moi ce que t’en penses ». Elle l’a lu et puis elle est revenue vers moi en me disant que je tenais quelque chose et qu’elle aimerait le faire lire à une éditrice française.  C’est ainsi que mon manuscrit s’est retrouvé dans les mains de Julia Pavlowitch, l’éditrice de l’Iconoclaste.  Et là, tout s’est emballé.

Pourquoi avoir choisi l’Iconoclaste, une petite maison d’édition parisienne ?

C’est sûr que j’aurais pu montrer mon manuscrit à d’autres maisons, mais je me suis vite rendu compte que je me retrouvais dans une petite maison d’édition indépendante à taille humaine. Ils ne dépendent pas de gros groupes comme Hachette. Ils font les choses de façon artisanale, c’est très familial. Et en même temps, ils ont les moyens de suivre leurs auteurs et de les pousser très loin et de fait, cela se vérifie…

Concrètement, il se passe combien de temps entre la rencontre avec la maison d’édition et la sortie officielle du livre ?

Il se passe dix longs mois. C’est un véritable processus, il faut savoir être patient malgré l’excitation et l’impatience de la publication. Une fois que l’on reçoit l’accord de la maison d’édition, il y a tout un travail de corrections qui se met en place : les fautes, les tics de langages, les répétitions… tout est passé au crible. Puis, il y a la création de la couverture. Là-dessus, en tant qu’auteur, on est assez peu consulté et je crois que c’est une bonne chose. Vous savez, à un moment, on est tellement impliqué en tant qu’auteur que c’est bien de prendre un peu de distance. Une fois que le livre est achevé, des exemplaires sans la couverture sont imprimés envoyés à différents libraires en France et en Belgique.

Comment gérez-vous cette notoriété soudaine ?

Parfois c’est un tout petit peu étourdissant, je dois reconnaître que l’aspect ego-trip qui consiste à parler de soi, donner des interviews, d’être un peu le centre de l’attention, je sens bien que ce n’est pas naturel chez moi. Il y a quelque chose d’un peu artificiel là-dedans qui peut parfois déséquilibrer les rapports que j’entretiens et me mettre mal à l’aise. Même si d’un autre côté, je dois avouer que c’est tellement agréable d’être reconnu pour son travail. Chaque jour, je reçois plein de petits mots de gens qui ont lu mon livre et qui ont aimé, c’est ce que l’on recherche lorsque l’on produit une œuvre.

N’avez-vous pas cette crainte de l’après, lorsqu’il faudra reprendre la plume pour en écrire un second ?

Vous savez c’est simple : pour ne pas tomber, je me dis que le meilleur moyen c’est de bien rester sur terre surtout quand t’as des enfants et un quotidien qui t’attend à la maison. Et chaque soir, lorsque je rentre à la maison je dois quand même changer la litière du chat et préparer les boîtes à tartines des enfants. Si j’ai parfois des petites envolées, le retour à la réalité revient vite.

Qu’est-ce que ça fait de gagner un prix, puis deux, puis trois… ?

C’est complètement dingue ! Moi, j’ai une formation de comédienne et je n’ai pas forcément réussi en tous cas, je n’ai jamais gagné ma vie. J’étais habituée aux castings qui s‘enchaînent et qu’on ne réussit pas. Où on nous dit souvent « ouais t’es sur la liste, le réalisateur a adoré ». Et puis ce n’est pas toi !  Donc, j’ai tellement l’habitude de pas avoir été choisie que là oui c’est vraiment incroyable. Tout à coup, c’est moi qui suis choisie…

Le meilleur souvenir depuis le début de l’aventure ?

Le moment où j’ai eu l’Iconoclaste au téléphone, je suis chez moi et Julia me dit : « c’est bon Adeline, on le prend ».  Et là, c’était juste la folie furieuse !

Un secret de réalisation à nous confier ?

Vous me croirez si vous voulez, mais j’ai écrit la plupart des pages de ce livre dans un café avec du métal dans les oreilles !

 

« LA VRAIE VIE », d’Adeline Dieudonné (L’iconoclaste, 266 p.)

 

Synopsis :

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.

Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

Elisa Brevet

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